Gabon, décès d'El Hadj Omar BONGO

Caroline,

Peux-tu nous donner quelques infos sur le Gabon suite au décès d'Omar Bongo ? Il me semble qu'il était un bon président pour son pays et a beaucoup fait côté "nature" ?!?

Il était déjà président lorsque je vivais au Gabon en 1976. J'étais au CP et nous devions, tous les matins, dire son nom avant de commencer la journée, avec un petit laïus, que j'ai oublié depuis.

Sinon, j'espère que pour toi et ta petite famille tout va bien.

Bises de la Réunion !

Gabon

Omar Bongo a-t-il été un bon président ? Pendant le règne d'Omar Bongo, le Gabon n'a pas connu la guerre civile et la population a vécu en paix. Omar Bongo a-t-il fait quelque chose pour la nature gabonaise ? je n'en sais rien. L'aurait-il fait qu'il devrait être un "bon" président ?! Combien Bongo et ses proches ont-ils de résidences, de voitures de luxe, de comptes en banque plus ou moins cachés, en France ou ailleurs ? combien d'intermédiaires douteux ont-ils touché des pots de vin ? combien de chefs d'État ont-ils fermé complaisament les yeux ? combien de ses sujets sont-ils restés dans la misère ? combien de ses opposants ont-ils été emprisonnés (voire torturés) ? Omar Bongo a-t-il été un bon président ?

Pour moi, quoi...

Alors...

L'Afrique est loin de l'Europe et la façon de voir les choses, ici, est forcément différente...

Je ne crois pas que le président défunt était un méchant homme. Les tortures, tout ça... pas vraiment son truc. Avec ses poches garnies et son grand pouvoir, il préférait offrir des postes convoités ou il créait des ministères pour ses opposants et tout s'arrangeait bien. Franchement, je crois que sa renommée de "sage" n'est pas usurpée.

Quant à ses richesses... je ne les connais pas. Ce que je vois, ici, au Gabon, c'est qu'il y a bien moins de gens qui dorment dans les rues qu'en France.

Il disait que ce qui devait être retenu de lui c'est qu'il avait été le forgeron de l'unité nationale. Et c'est vrai qu'il a réussi à maintenir en paix un pays composé d'une multitude d'ethnies aux coutumes parfois très différentes. Préserver la paix était son objectif majeur quand on sait et on voit ce qui se passe dans les pays voisins (RDC par exemple), ici on peut sortir sans crainte et même si les Gabonais sont plus pauvres que les Européens au moins sont ils plus riches que tous leurs voisins. Le Gabon est une vraie terre d'immigration : Maliens, Congolais, Sénégalais, Béninois, Nigérians etc... viennent ici chercher un travail ou la fortune.

A mon avis, Bongo n'était pas un mauvais président, sa méthode de faire rentrer au gouvernement tous ses opposants a fait ses preuves. Mais le pays s'est enrichi, les Gabonais vont tous à l'école, les structures de soin existent et une vaste campagne de lutte contre le sida est en place.

Pour moi, quoi...

Gabon, 1993

1993....

Cela fait peu de temps (deux ans si mes souvenirs sont bons, mais question date, mes souvenirs ont toujours eu des lacunes....) que la "démocratie" et donc le "multipartisme" sont  permis (imposés par la France sinon... squizzé les relations diplomatiques et économiques !)... Du coup, floraison de plein de petits partis....

1993, ah ! année des élections présidentielles....

Tiens, un vénérable monsieur déjà connu au gabon s'impose comme un adversaire de taille ! le Père Mba Abessolo...

Il se bat bien.

Ma copine Marie-Germaine, pauvre, je la vois toute gaite : un jour avec le T-shirt Omar Bongo, le lendemain avec celui du Père Mba Abessolo... je m'étonne. Elle me dit que, si tu portes son t-schirt (de l'un comme de l'autre), et que tu aides à l'organisation des meetings, tu manges gratos.

 Olivier, qu'on appelle aussi Deschamps parce que le foot ça le connaît, me montre ses deux cartes de membre des deux  partis : je m'étonne doublement : deux partis ? quand on a la carte, dans les meetngs, on mange gratos.... et .... ton âge alors ?

Ben oui, parce que Olivier, c'est un des jeunes du quartier dans lequel je travaille : je suis un peu prof pour les jeunes filles en echec scolaire (type : 14 ans, un ou deux enfants, niveau CM2, au mieux) et l'après-midi je suis animatrice : je donne des cours de guitare, je tiens la permanence de la mini-bibliothèque, j'aide aux devoirs d'autres jeunes qui vont au collège-Lycée public d'Oyem. Dont Olivier. Il est en 3ème, il a 14 ans.

Oyem... ville de 22000 habitants à l'époque. Elle se bat pour la 3ème place. Sa concurrente ? Franceville, la ville du Président. C'est rigolo : j'ai dans ma chambre (là, chez les soeurs religieuses, des Salésiennes,  avec lesquelles je vis et je travaille) une carte des années 60 où est tracé le chemin de fer à venir. Il part de Libreville et finit à Oyem (600km). Mais, depuis, ce chemin de fer est construit : il part de Libreville, et arrive à .... Franceville. Il paraît que le Président a fait détourner le chemin de fer pour qu'il passe par SA ville.

Les deux premières villes sont Libreville (à l'époque près de 500 000 habitants) et Port-Gentil (à l'époque 150 000 habitants). Les dernières estimations de la populations étaient alors d'environ 1 million d'habitants.

Mais revenons à ces élections.

La ville d'Oyem est habituellement une ville paisible.  Il est vrai que l'on parlait alors du Gabon comme étant un des rares pays d'Afrique stable politiquement. Ca, pour être stable, après quelques décennies de règne par un seul bonhomme....

Mais pendant les élections, ça chauffe. Des "milices" sont appelés de Libreville : des jeunes autour de 20 ans, qui portent des armes. Pour renforcer la sécurité, dit-on.

Etranges nuits.... j'entends de ma chambre des voix qui crient au rythme militaire.... ces milices s'entraînent. Nos jeunes sont de plus en plus absents, ont les cernes sous les yeux.... j'apprends qu'ils sont enrôlés, et qu'ils "s'entraînent" eux aussi.

Un soir, je rentre de discothèque avec mon ami sud-africain, black. Il se fait "allumer", mais on le lâche au bout d'un moment.

Le samedi suivant, je rentre de discothèque (oui, bon ça va ! c'est l'âge, enfin !) Mon ami m'accompagne. Je lui dis : laisse-moi là, je continue seule, ils t'ont emm... la semaine dernière. Plus que 5 minutes à pied, tout le monde me connaît ici, les jeunes "milices" de libreville me reconnaîtront.... des "tangen" (Blanc/blanches) il y en a très peu dans le coin.

Je marche. Dans la nuit. Au bord des routes bitumées du Gabon, il y a des espèces de tranchées, pour l'écoulement des eaux en saison de pluie. De ces tranchées 9 jeunes hommes sortent d'un coup. Armés. Oups, pas fière je suis. Ils me reconnaissent. Ah, ouf !

Oui, ils m'ont reconnu. Ils m'ont gardé. Ils m'ont dragué. Ils voulaient me toucher, je me suis levée, y en a un qui a pointé l'arme sur moi. Je lui ai tourné le dos, et m'en allais (en serrant les dents !!!) un autre me rattrappe, tu sais mon copain il peut être méchant, reviens.Oui, mais moi, je ne veux pas qu'il me touche. Okay, ne t'inquiètes pas, il te garde encore quelques minutes, et on te laisse partir.

Je reviens. (On sait jamais après tout si le coup part tout seul...)

Je reviens donc. Je m'assieds. L'autre, leur chef, me baratine encore (celui au fusil pointé). Un vieux passe. Il est saoûl. Le chef des milices le branche, puis lui donne des coups, puis le traîne par terre, puis commande aux autres de l'ammener au QG... J'ai entendu que ceux qui sont emmenés au QG des milices passent un sale quart d'heure.

Je ne dis rien. Pauvre vieux... c'est ça le respect que vous avez pour vos anciens ?!!! Ca, c'est dans ma tête que je dis.... parce que, on ne sait jamais si le coup de fusil part tout seul, et puis si une envie déplacée lui prend au chef...

Puis tout un coup, une voiture passe plus loin. Les 9 bonhomems armés sautent dans les tranchées au bord de la route. Je me planque un peu. Un réflexe sans doute.

La voiture est passée.

Les 9 bonhommes sortent des tranchées et.... s'en vont en courant. Me laissant là. Bon ben....

Bon ben, je rentre chez moi....

J'entends une voiture.... A votre avis, qu'est ce que je fais ? Je saute dans la tranchée au bord de la route, et j'attends que la voiture passe.

Puis, je rentre chez moi.

Bon d'accord, je resterai tranquillement chez moi, le temps des élections...

J'écouterai tout doucement le dernier disque de Patience Dabany, l'ex-épouse d'Omar Bongo.

Après tout, je ne risque pas de disparaître mystérieusement comme certains, comme j'entends souvent.... Il paraît même que Monsieur Bongo mangeait certaines de ses victimes pour que l'on ne retrouve vraiment aucune trace... Mais ça , je n'y crois pas.

Ce n'est pas parce que dans les années 50 encore il y avait du cannibalisme, qu'il faut tout de suite fantasmer....

Ce n'est pas non plus parce que certains vendredi soir de BWITI (cérémonies étranges, style vaudou) des hommes se transforment en animaux (même si on les voit ensuite le dimanche à la "cathédrale" d'Oyem...) qu'il faut tout de suite en faire un plat !

N'empêche qu'il me reste tout de même en mémoire, des images et des scènes que je ne m'expliquerai sans doute jamais.

Le Père Mba Abessolo n'est pas passé. 51 % et des poussières ont voté bongo au premier tour. Enfin, tout n'avait pas encore été compté, et puis des jeunes de mon quartier ("DH2 " = derrière l'Hopital 2) ont voté 2 fois alors.... tout est possible.

Mais de ma petite ville d'Oyem, et de ses environs, Bitam, Makokou etc.... je ne garde que des bons souvenirs à part ce soir étrange de milices échauffés....

De mon amie marie-Germaine, des "mes" jeunes, des "mes" soeurs salésiennes, de "mon" Afrique 92-94, je garde une partie qui désormais fera toujours partie de moi. Mon fils Basile porte le prénom d'un de ces jeunes, Basile avec qui je jouais quotidiennement à la guitare.

Mon cadeau de mariage en 96 c'était la venue de Marie-Germaine dans la Drôme.

Abessolo n'était pas passé. Omar, lui, avait renouvellé son mandat. Je ne sais s'il était un bon Président, mais je sais que j'ai aimé son pays, et ses habitants.

Je suppose que si la paix règne dans un pays avec 50 ethnies (oui, 50 ethnies dans un pays d'un million d'habitants) , dont celle des Fang, traditionnellement guerrière, on peut pardonner beaucoup de choses. Et c'est vrai qu'à part dans Libreville, je n'ai pas vu de gens dormir dans les rues.

très interressée

très interressée par d´autres réflections sur le Gabon par des gens qui y ont vécu.

Merci pour ton témoignage,

Merci pour ton témoignage, Marisa. J'ai déjà vécu une "élection", ici. Mais cette fois, ce ne sera pas pareil, je pense.

Oui, le Gabon est un pays d'Afrique un peu à part, il me semble (mais peut-être dit-on cela à chaque fois qu'on vit dans un pays... oui, sans doute). Je me plais, à Moanda, même si on est dans la brousse, même si on est loin de tout, même si on est privé de beaucoup... il n'y manque pas d'amitié, de chaleur humaine, de solidarité, de fraternité. Les Gabonais sont très attachants. En période d'élection, on ne sait jamais ce qui peut arriver... Oui, il y a de vieilles histoires, il y a des croyances, des rites, bwiti, rose coeur, et tant d'autres...

Et comme on dit ici , "On est là"...

J'espère que tout ira bien...

serre les dents...

reste calme, ne sors pas trop, certains peuples sont absolument surprenants, dans tous les sens du terme...

et serre les dents, 

on ne sait jamais si des coups peuvent partir...

 Ravives ma mémoire.... Moanda c'est vers Franceville ?

Bises à toi, profites de ce Gabon, tant aimé, passe du bon temps ! Marisa

Oui, Moanda se trouve à 3/4

Oui, Moanda se trouve à 3/4 d'heure de Franceville ; entre Franceville et Mounana, à une autre petite heure de Bakoumba. Le Congo n'est pas si loin... Vous pouvez découvrir cette ville par Google earth.

Le transgabonais passe par chez nous. C'est une véritable aventure de le prendre. Aller à Libreville prend entre 12 heures et deux jours... Comme il n'y a qu'une seule voie, le trafic est très aléatoire. Sa construction a été une vraie épopée. Les anciens en parlent avec des étincelles dans les yeux !

Marisa, Bérangère, je pars dans 15 jours. Je laisse ma chienne pour l'été. Cela me contrarie mais je n'ai pas vraiment le choix... C'est à ce moment-là que je serrerai les dents ! Je ne serai pas là lors des élections. Le défunt président arrive mardi à Franceville. Ce sera un jour férié. L'inhumation aura lieu jeudi, dans l'intimité, paraît-il. Je vous tiens au courant.

Bises !

Bonnes Vacances Caroline

Caroline,

Je te comprends pour ton chien... (j'en ai 2 !) Actuellement j'en ai une d'arrivée à la Réunion, l'autre arrive pour le 28 juin.

Profite bien des tiens et de tes vacances.

Je penserais à toi.

Grosses bises 

Bérengère - Année 1984

Moanda

Je sais que j'étais allée à Moanda passser deux jours voir un copain qui était aussi en "mission humanitaire". Je ne me souviens plus du tout à quoi ça ressemble Moanda. D'ailleurs, je ne me souviens pas non plus du nom de ce copain, qui était le copain d'un copain qui ne se connaissaient pas très bien ! alors....

 

Bonnes vacances à toi Caroline ! bises, Marisa

Marisa, Caroline,

Marisa,

Je reviens sur ton récit et 2 petites choses m'interpellent. Quand j'étais petite (6 ans), j'ai vécu au Gabon (en 1976), la femme de Bongo se prénommait Joséphine (elle avait une mèche blonde sur la tête) et tu parles de Patience. Il n'était donc plus avec Joséphine ?

Pour le cannibalisme, en 1976, ça existait toujours. Je me souviens mon père qui en parlait (il travaillait dans le bâtiment) et certains gars sur les chantiers lui disaient, vous les blancs on vous mange pas car vous êtes comptés en arrivant au Gabon et vous avez une drôle d'odeur. Ensuite, mes parents entendaient souvent que des corps disparaissaient de l'hôpital.

Pour le train, le transgabonnais, j'ai un gros livre (récupéré chez mes parents) de l'époque où ils expliquent toute la construction. C'est dommage le livre est trop grand et je ne pourrais pas le scanner.

Sinon, la réponse de Caroline me convient parfaitement, c'est ce que je voulais savoir. Maintenant, comme dans beaucoup de pays d'Afrique (du nord ou afrique noire) j'imagine bien ce que sont les milices et le reste. D'ailleurs en Egypte, avec une copine, nous avons été très effrayées par un camion de jeunes militaires qui nous avaient entourés et devenaient très pressants (histoire racontée quelque part sur le site) et heureusement que Jean-Marc et l'autre gars étaient intervenus !

Pour la fortune réelle ou non de Bongo, il n'y a pas besoin d'aller au Gabon, si on regarde en France, où est la différence ?!? tu ne crois pas Olivier ? (Combien Bongo et ses proches ont-ils de résidences, de voitures de luxe, de comptes en banque plus ou moins cachés, en France ou ailleurs ? combien d'intermédiaires douteux ont-ils touché des pots de vin ? combien de chefs d'État ont-ils fermé complaisament les yeux ? combien de ses sujets sont-ils restés dans la misère ?)

En tout cas, profite Caroline de ce beau pays. J'ai des photos de l'époque, et quelques souvenirs, tout était magnifique (nature). Pour tes enfants, j'imagine que ce morceau de vie restera graver à jamais dans leur coeur et ils auront une très grande ouverture d'esprit devenus adultes.

En tout cas, merci d'avoir répondu et tiens nous au courant Caroline.

A très vite.

Grosses Bises et merci Marisa pour ton récit.

Bérengère - Année 1984

Joséphine ou Patience...

 

Bonjour Bérangère,

Je n'ai pas connu Joséphine, mais Patience est bien l'une des épouses de Monsieur Bongo. Je ne connais pas les autres, mais il me semble bien qu'il en a plus de deux !

Je devrais donc dire Joséphine ET Patience !

Bises, Marisa

Marisa : Femme de Bongo

Bonsoir Marisa,

Après recherches, j'ai trouvé que Patience Dabany est un "nom d'artiste" et que son vrai nom Joséphine Nkama. Voilà.

Bonne soirée ou journée à tout le monde !

Bises

 Bérengère - Année 1984

PS : J'ai mis des photos du Gabon dans mon album perso !

FEMMESSS DE BONGO !

Décidément, on va peut-être arriver à tout savoir sur Bong et SES femmes !

Il aurait en effet Patience DABANY (soit Joséphine NKAMA) lorsque celle -ci avait 15 ans (elle chantait déjà). Mais auparavant, il aurait eu une fille d'une autre dame... cette fille est Pascaline BONGO. Avec Joséphine-Patience, il a eu 2 enfants. Puis en 1990, il a épousé Edith Sassou Nguesso, fille du président  congolais, avec qui il a eu aussi 2 enfants...

 

Je me souviens que quand j'y étais (92-94) on parlait de Patience DABANY qui vivait en France. Elle était justement venue au Gabon, pour un concert.... Les gens disaient qu'elle était partie avec une bonne partie de la fortune du Président BONGO !